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FATEMA BINET OUAKKA
FATIMA BINET OUAKKA
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À l’initiative de Chantal Jarrousse, vice-présidente de l’Association Citoyenneté active Lorraine, un second atelier de peinture a eut lieu le 17 juillet 2019 à Bois-de-Haye, une commune proche de Nancy.

Cet atelier a été proposé à des Mineurs non accompagnés pris en charge par le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. Cet atelier a été animé par deux artistes peintres, la franco-marocaine Fatema Binet Ouakka et Jens Sengebusch, tous deux membres de l’AIAP, l’Association Internationale des Arts Plastiques, ONG partenaire officiel de l’Unesco.

Cet atelier a pris la suite d’un premier atelier qui avait été organisé les 21et 22 janvier 2019.
Dix-huit jeunes originaires du Mali, de la Guinée Conakry, la Côte d'Ivoire, le Tchad et le Burkina Fasso ont participé à cet événement. Tout le matériel de peinture, les pigments et peintures, ont été mises à leur disposition. Les toiles ont été fabriquées à partir des vieux draps de lin enduits de peinture blanche couvrante. Ces jeunes, qui n'avaient jamais eu une pratique antérieure de la peinture, n'ont pas osé faire des mélanges et travailler avec des teintes qui ne soient pas directement sorties du tube, ce qui est une caractéristique générale des peintres que l'on appelle « naïfs » ou spontanés.
Peu d'entre ces mineurs ont été scolarisés et les rapports à l'image sont quotidiens s'il s'agit simplement de représentation, mais inexistants s'il s'agit d'une production autre que photographique. La première chose remarquable est que, plus de la moitié de la production de ces jeunes est accompagnée par la présence du drapeau national de leur pays d'origine, et cela même si ces pays sont actuellement agités par des guerres civiles. Ces jeunes s'adressent alors aux autres jeunes présents dans le centre où ils sont, pour la plupart, en attente d’entrée en formation.
Aussi plutôt que d'exprimer des rêves, ce que font quelques jeunes qui mettent en scène la tour Eiffel ou l'espoir d'être scolarisés en Europe, voire d'être intégrés dans une équipe de basket ou de football, ces jeunes migrants mettent sur la toile leurs traumatismes récents. On a donc des scènes qui représentent la mer ou le passage des déserts dans des véhicules divers. On est alors en présence d'une communication non verbale qui peut confirmer ou infirmer ce que les jeunes peuvent dire à leurs éducateurs qui sont en général très bienveillants à leur égard.
Beaucoup de ces jeunes présentent des tableaux dépourvus de tout drame perceptible. Ils peuvent se contenter de graphismes très simples ou géométrisés avec parfois des recherches d'harmonie ou d'équilibre des couleurs. L'évocation de la vie antérieure, particulièrement de la figure de la mère, est aussi un moyen d'éviter de parler du traumatisme ou de mettre en avant une consolation recherchée dans un des éléments de la vie précédente en éliminant toutes les souffrances qui ont pu exister dans les villages qu'il fallut fuir. Il n'y a aucun animal présent dans l'ensemble de ces productions et si un chien apparaît, c'est celui de la famille d'un éducateur. En revanche, il y a de très nombreux végétaux qui se réfèrent très souvent au village d'origine puisqu'il s'agit toujours de végétaux africains, comme un panier ou un avocatier. Ces arbres représentent les lieux de discussion où ont été prises les décisions de quitter l'Afrique.
Bien évidemment, aucune des règles caractéristiques aujourd'hui de l'image occidentale depuis la Renaissance n'est présente dans ses toiles. La notion de perspective est totalement absente et cela même si les jeunes cherchent des modèles par l'intermédiaire des images qui apparaissent sur les écrans de leur téléphone portable. Car tous disposent de cet outil et il leur arrive fréquemment de téléphoner à leurs familles en continuant de peindre. Les personnages sont pratiquement toujours représentés de face et leurs dessins correspondent à ceux de très jeunes enfants qui n'ont pas encore appris à dessiner et donc à exprimer des émotions. Presque tous ces artistes en herbe savent néanmoins qu’il convient de signer de leur nom leurs productions. Cette manifestation de l'identité apparaît n'importe où sur le tableau et avec des tailles très variables.
La confiance et la camaraderie ne règne pas toujours entre ces jeunes venus de pays différents. On observe que plusieurs d'entre eux se méfient les uns des autres, sans cependant noter de griefs visibles.
De cette journée, il en est résulté une vingtaine de toiles qui pourraient partir à Paris dans le hall de l'Unesco afin de témoigner de représentations actuellement présentes chez de jeunes migrants africains arrivés tout récemment en Europe. Ce ne sont pas, à la différence des adultes, des migrants économiques, et ils n'ont pas non plus, pour la plupart, été victimes de guerre, ce sont d'autres conflits plus intimes qui ont motivé leur migration.

 

FATEMA BINET OUAKKA
Artiste Platicienne
Membre de l’AIAP et mandatée par l’UNESCO pour le Maroc, l'Algérie, et la Tunisie.
Responsable de l'organisation et de l’animation de la Journée Internationale de la Paix
Présidente de PEINTURES EN MOUVEMENT
https://youtu.be/YdhqMJDGOlU
https://youtu.be/4YzeufYGIhY


L'ACCENT SUR LES VISAGES HUMAINS

L’art nous pousse à réfléchir et à nous remettre en question. Il nous incite également à aller bien au-delà de nos frontières. La raison de ma rencontre avec CHANTAL quand elle m’a parlé de son engagement, j’ai vu en elle le mien. Un engagement qui pourrait donc devenir le nôtre.
On le sait, l'art a toujours été un moyen fort pour exprimer ce dont on ne peut pas directement parler. Dénoncer des persécutions. Dénoncer des atrocités. Dénoncer des injustices. L’art va alors à la fois rassembler certains et les opposer à d’autres. Ce faisant, il permet également des échanges polémiques ou plus pacifiques. Mais il permet aussi de dépasser ce qui est visible dans l’œuvre et d’aller vers autre chose, vers l’intériorité du créateur, un homme qui a une histoire, plus précisément un visage.

" L’Unesco met l’accent sur le visage humain des migrations les conséquences dans le cadre des droits humains, car son engagement pour les demandeurs d’asile, constitue le fondement de sa mission qui est : promouvoir la paix, éliminer la radicalisation en même temps que la pauvreté, instaurer le développement durable et le dialogue interculturel par l’éducation les sciences. "

Alors comment peut-on faire dialoguer des personnes et leur permettre de dialoguer si elles ont des cultures, des origines et des âges différents ? Comment leur permettre de s’exprimer sans pour autant prendre la parole alors qu’on sent d’emblée ce qu’ils ont subi et tout ce qui est désormais gravé dans leur cœur, leur tête et leurs tripes ?

Ma réflexion poursuit celle de Chantal Jarrousse et la critique d’art de Jean-François Clément. Comment ai-je perçu ces deux jours de vie commune avec des migrants venus d’Afrique ou d’Europe ? Comment réussir à adapter ma pratique artistique et pédagogique aux besoins d’expression de ces jeunes, également de ces adultes, en leur apportant à chacun un peu de joie et de bonheur ?

Est-il possible de communier avec ces jeunes pour leur apporter un début de résilience, face à leurs souffrances vécues, et à leur dépaysement ? Ces jeunes souvent écorchés vifs, rêvent de s’impliquer dans une société qu’ils ont rêvée ?

MA DÉMARCHE : Un engagement : rester moi-même, artiste plasticienne, avec ma double culture fondée sur des valeurs de tolérance, d’ouverture d’esprit et d’amour des êtres humains, éprouvant d’emblée une fraternité envers chacun d’entre eux. Ne rien dire. Les migrants présents ont pu alors commencer à peindre le silence des maux ou des mots. En travaillant au sol, ils ont pu mener cette lutte. On a vu des groupes se former spontanément, des complicités apparaître et nous avons pu commencer à travailler après une courte préparation matérielle.
Ils étaient très curieux. J’ai eu de très nombreuses questions sur les couleurs, les mélanges, les techniques. Ensuite, chacun a pu construire son monde. Il y eut donc, pour commencer, des questions, des photos, des échanges, des explications techniques nombreuses, puis ce fut le moment de la prise de décision en commun et les choix ont été faits. Ces migrants ont créé leur monde, celui qu’ils avaient peut-être laissé derrière eux ou bien ils ont dessiné leur rêve, leur idéal, voire leur projet d’avenir.

La peinture est un moyen d’expression universel qui ne connaît pas les frontières et n’a ni début ni fin dans le temps. Et on se choisit puisqu’on peut décider de commencer à parler de ses souffrances, tout comme on a la possibilité de les fuir et d’exprimer tout autre chose, ses souvenirs du pays natal, ou ses espérances dans le pays d’arrivée. Rien n’est imposé. Pour certains, la peinture est même une forme d’expression nouvelle, un outil qu’ils découvrent en leur permettant de s’exprimer à travers des images dont ils sont les maîtres, figuratives ou abstraites.

Ces jeunes migrants, adolescents ou adultes, ont été soudain investis de la capacité de parler autrement qu’avec des mots. Ils ont alors eu la possibilité de projeter des idées ou des images qui leur étaient propres ou qui venaient du maelström mondial qui les charrie. Ils devaient les mettre sur une scène, sur un morceau de tissu tout en se pensant en maîtres absolus de l’œuvre. Certains se sont retrouvés sur de véritables radeaux de la méduse dans des embarcations à la dérive. D’autres ont retrouvé leurs racines perdues sur la terre ferme.

 Cers créations ont témoigné de nombreuses convergences. On voit, en effet, de multiples échos entre les œuvres. Car les uns pouvaient souvent copier les autres qui s’inspiraient parfois d’images furtives aperçues sur leurs téléphones portables. C’est le cas de tout événement artistique collectif et solidaire.

Ces migrants nous ont semblé avoir besoin de cette rencontre, de cette proposition d’une expression alternative pour exister, à leurs propres yeux, aux yeux des autres également. Et autrement que par les échanges les plus fréquents entre deux coups de téléphones aux amis ou aux familles. Pour pouvoir entrevoir un autre type d’échange avec les autres, peut-être un jour avec eux-mêmes, pourvoir éloigner la souffrance liée à la solitude affective. Ces peintures sont souvent dans un entre-deux, entre le monde d’hier et leur monde de demain. Est-ce le même, mais transposé ailleurs ou deux mondes qui pourraient un jour s’entrechoquer ? Ce sont de telles questions que je pense leur avoir apportées en leur proposant des pinceaux, de la peinture, et de commencer à travailler sous l’attention de chacun.

L’art, sans doute, ne sauvera personne tant qu’il n’aura pas pu être approprié. En revanche, il peut dès maintenant réveiller, à la fois dans le regard des autres et de celui qui s’autorise à devenir peintre, une conscience d’humanité. Ces migrants sont dans l’attente, celle d'être sauvés, toujours ballotés d’un port à l’autre, d’une rive à l’autre sans qu’une formation à la langue et à une profession leur soit proposée en fonction des demandes du marché.

Je retiens de ce temps fort  quelques images, l’expression, parfois furtive, de sentiments, d’émotions, parfois aussi l’affirmation de valeurs qui se révélèrent dans :

Le travail en groupe avec ses échanges, le partage, le respect d’autrui, la solidarité, la tolérance et l’ouverture.
Le besoin de parler à la femme peintre qui a pris en charge ces deux journées, de dire parfois leur parcours, leur soif d’apprendre, de tout apprendre, de rattraper le temps perdu ...
Leur projet de vie : d’abord rester vivant, puis construire leur vie méthodiquement avec l’école ou l’apprentissage, ensuite un travail, enfin une habitation pour accueillir une famille, leur future famille, sans oublier le symbole fort de l’aisance matérielle présent dans de très nombreux tableaux : la voiture.
Leur idéal : la paix, pouvoir vivre dans un monde où les citoyens soient reconnus.

...

https://docs.google.com/file/d/1qcjxzt5wZPs6GfWwojW37ZSwfbq1XHsU/edit?usp=docslist_api&filetype=msword https://docs.google.com/document/d/1MVVtCidcQIDWSlFbK3rAsm7IOr3LFl-eU2c1nBf_RpE/edit https://docs.google.com/document/d/1-oYsEMB7U7aDGVWffhre7jJH1jjCGfES1n7xYy6hs68/edit https://docs.google.com/file/d/1Qka1azc-70vDnNymjtpAT6_O3yQTOioY/edit?usp=docslist_api&filetype=msword https://docs.google.com/document/d/1qGQucNaznrYes78FidkTFT9Vn6wbzzW90-ncC3QcUzs/edit https://docs.google.com/document/d/1Cq4Fimlcc7mYSa1HOAZqO8TMHv2VbOFoCsj9Bu95OhQ/edit https://docs.google.com/document/d/1Rd3Nai--AyRbAVR3q5CZyQwMs_vkEXK3b5dDaZn4sj4/edit https://docs.google.com/file/d/1J-pzq4fgBUf3fn_lfZQLCaxByKH8KIGd/edit?usp=docslist_api&filetype=msword https://youtube.com/playlist?list=PLtPxjSNIp6sotw-XrXtmXmvJsWrWf29gv

BinetDossier15-1-2017.do

https://photos.app.goo.gl/hDiCP9AiE2cAAKzD7
https://youtu.be/h3BH6yyP2Po
https://youtu.be/IKZSl1vjw1g

Fatema Binet Présidente Fondatrice de l'association "PEINTURES EN MOUVEMENT"

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