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FATEMA BINET OUAKKA
ETUDES ET REFLEXIONS

 

" Voyage vers l'autre " ...

" Voyage vers l'autre " ...

est un motif de découverte ou de recherche de moi-même. Ce titre est le fruit d'un exil, le mien, un exil qui tend à l'universel. Je dois découvrir chaque jour l'autre. Non pas seulement parce que " je suis un autre ", ce qui serait trivial, mais à travers les différents pays où je me rends pour mes expositions successives.

J'ai, en permanence, la possibilité de me redécouvrir, et cela dans différentes situations, parfois les plus invraisemblables. Et c'est vrai que je vois différemment mes compositions, mes choix techniques. Pour ces raisons, j'attends avec gourmandise ce qu'il en sera dans ce pays qui a connu des occupations diverses phénicienne, carthaginoise, vandale, arabe, espagnole, anglaise, hollandaise, française pour ne rien dire des divers Etats italiens.

Nous sommes ici aussi, en Italie, dans un pays qui a connu trois Renaissances, communale, politique et culturelle, cette dernière née de la compétition entre de riches familles pour lesquelles l'argent n'était pas la seule valeur dominante. Le concurrent fut d'abord celui qui interroge ou qui dérange. L'autre est également celui que je ne connais pas. Il fallait briller à ses yeux comme aux siens propres, d'où l'incroyable accumulation d'objets d'art et la compétition également entre les créateurs. Il n'est d'esthétique que relationnel ce qui a de nombreux sens.
Les œuvres n'apparaissent que les unes par rapport aux autres, mais elles apparaissent aussi en fonction du désir des uns qui est, avant tout, le désir du désir des autres, des formes de désirs mimétiques.

Ce travail intitulé " voyage vers l'autre " est donc ici présent, juste pour donner l'envie à ceux qui verront l'œuvre de s'émouvoir, de vivre la rencontre entre deux âmes, entre deux êtres qui auraient pu ne jamais se rencontrer.
Ce tableau est en couleurs, car je fais aussi actuellement des tableaux en noir et blanc. On y voit des textures à la fois achevées et inachevées, des couleurs chaudes et froides, et sa nature est à la limite de l'abstraction et du figuratif. La composition s'appuie sur le clair obscur. Quand je le regarde, il me révèle un souffle et, en même temps, j'y vois une renaissance.

Et j'ai pensé en donnant ce sens à la Renaissance italienne, "c'est ma renaissance personnelle que je cherche, à vrai dire, en permanence. Mais c'est aussi celle des autres. Tout en étant lucide sur le fait que la Renaissance en Italie est née de fortes inégalités".
J'ai voulu exposer en à Cagliari en Italie, et je reviendrai en juin pour une autre exposition prochainement dans ce pays à Bergame,
Je suis membre d'Ariane Essor depuis 1997, l'association est fondé en 1992, est membre de l'AIAP celle-ci est agréer par UNESCO.

Ariane Essor est sollicité par divers pays, musées, organismes et galleries, a déjà exposé dans plusieurs pays. Son but est ambitieux. Il est de faire le tour du monde. Nous sommes des petites Ariane, Sœurs d'improbables Minotaures, qui s'apportent mutuellement leurs richesses. Nous apportons aussi nos compétences et notre expérience à ceux que nous rencontrons dans les différents pays visités, par des conférences, des débats culturels, des rencontres avec les enfants dans les écoles.

Chacun parle alors de son travail. Les professeurs d'art plastique peuvent venir nous voir, car nous avons un secret : "nous connaissons les plans des labyrinthes".
Et nous parlons de nos cultures, même si aujourd'hui, ayant quitté Naxos pour Lemnos, je me réfère à tous les pays, bien que née au Maroc, qu'ayant grandi au Maroc, et portant un prénom arabe.

" Un jour, ailleurs " ...

 

" Un jour, ailleurs " ...

est le titre du second tableau.
C'est toujours un rêve que d'être ailleurs tout en étant là. Par un tel titre, on peut évoquer un voyage virtuel qui permet d'être ici et ailleurs en même temps. C'est utopique, sauf pour ceux qui sont dotés du don d'ubiquité. J'y suis, mais je n'y suis pas, et je rêve d'y être. Je rêve déjà d'y être alors que je n'y suis pas.

Ce titre, en réalité, fait référence à Antonello de Messine. Cela fait longtemps que ce peintre fut un maître dans mon parcours personnel. Il eut la chance de ne pas avoir une trop forte éducation à Naples. Il se mit donc à fréquenter les maîtres flamands présents dans sa ville, mais aussi les peintres catalans.
Un romancier a même imaginé qu'il est parti en Flandres pour y chercher les secrets des pigments lorsqu'apparaît la peinture à l'huile.

Antonello tirera des leçons des créations de Piero Della Francesca. Il s'informe des nouvelles règles de la perspective qui lui viennent de Florence et il se lance à la découverte de chromatismes nouveaux. Ces voyages, je les ai vécus avec Antonello car la volonté de ce peintre m'a toujours intriguée. Ce que j'ai trouvé d'admirable dans sa vie, ce voyage vers la Flandre pour rencontrer Van Eyck pour aller chercher le secret de la lumière et la matière flamande, celui –ci lui a ouvert son cœur, son armoire à talent.

Il s'est approprié cette technique et il a ensuite dévoilé ce secret de la diffusion de la lumière dans des couches de peinture à la fois colorées et translucides. Ce sont là des effets qu'aucune autre technique picturale ne peut réaliser. La lumière semble venir du dessous de l'œuvre et non de l'extérieur, c'est comme si on mettait une vitre sur une couche plus opaque, constituée de détrempes, qui diffuse la lumière qu'elle reçoit. On crée alors des illusions de reliefs autrement que par les contrastes de couleurs ou par les lois de la perspective.
Pour découvrir cette technique qui, chez Antonello, procédera par des couches d'huile mises sur d'autres couches d'huile, ce que les Flamands ne faisaient pas, il fallait changer sa manière de voir.
Il fallait aussi rendre les huiles plus siccatives, par leur chauffage ou l'ajout de sels de plomb, pour accélérer le séchage et pouvoir ainsi superposer diverses couches de peinture. Il fallut aussi y ajouter de la résine, parfois des émulsions à la colle, pour les rendre plus transparentes.

Je me suis souvent dit, alors que je travaille dans mon atelier que cette découverte de la nécessité de superposer deux couches, une première opaque, l'autre transparente pour mieux rendre mimétique l'image fut une découverte essentielle. Chaque fois que j'y pense, j'ai conscience qu'il est pour moi particulièrement léger et prétentieux de dire que je suis peintre. En effet, aujourd'hui, je n'ai qu'à appuyer sur des tubes pour obtenir ces effets qui perdurent même après l'abandon de la figuration. Il y a là une espèce de facilité alors que, ces peintres du passé furent sans cesse dans la recherche et dans la difficulté. Et c'est pour cela qu'ils savaient peindre.

Aussi chaque fois que je peins, je ne peux pas ne pas penser aux peintres du quattrocento partis à la recherche de pigments ayant des indices de réfraction identiques à ceux de leurs liants, ce qui n'existe toujours pas, d'où le recours aux médiums. Et là, les techniques deviennent de plus en plus complexes. Pour approfondir la couleur j'utilise les pigments pures pour mes gammes, ainsi apprivoiser la poudre et les liants.

Andrea Del Verrocchio est un autre artiste qui m'a également fasciné. Ce peintre est devenu sculpteur à cause du génie de son élève, Léonard de Vinci. Andrea Mantegna est aussi un de mes maîtres. Grâce à lui, on est arrivé à peindre sur des toiles, alors qu'auparavant, on ne le faisait que sur du bois. On eut alors successivement recours au tissu, au lin, avant d'arriver à la toile. Ces gens accomplirent tous un travail extraordinaire de recherche. Et nous, nous devons reconnaître que nous n'avons rien trouvé. Nous ne travaillons même plus en groupe comme les artistes de Cobra ou certains expressionnistes. On nous met artificiellement dans des mouvements, mais nous ne sommes pas vraiment dans des mouvements.

Ariane Essor a fait le rêve d'assurer à nouveau la promotion de vrais mouvements à travers le monde. Sans doute, cela relève-t-il de l'utopie. Mais les peintres de ce groupe peuvent-ils au moins constituer un réseau efficace ? Nous avons exposé, en 1994, aux Palais des Nations-Unies à Genève. Nous avons ensuite été invités par la Galerie Patronat en Indonésie. J'essaye actuellement d'organiser une exposition collective au Maroc et à Venise.

Une remise en question permanente que je recherche car il ne sert à rien d'exposer pour exposer. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il y ait une interrogation et une critique, qu'elle soit un jugement, négatif ou positif, ou qu'elle échappe effectivement à tout jugement.

Mon rêve secret, dois-je l'avouer, serait d'aller écouter Madame Butterfly, cet opéra de Giacomo Puccini chanté dans les arènes de Vérone, et faire des croquis au sein de la chapelle Sixtine à la basilique saint Pierre en passant par les chambres de Raphaël pour visiter ses œuvres les plus célèbres.
C'est là que l'on peut contempler dans la chapelle Sixtine le plafond et le Jugement Dernier peint par Michel-Ange, tandis que les parois latérales de la Chapelle Sixtine sont de Botticelli, Pérugin, Rosselli, Ghirlandaio, Signorelli.
A la Villa Borghèse les œuvres de Raphaël et du Titien, du Caravage, du Corrège, de Lucas Cranach et d'Antonello de Messine.

 

Siham Jbilou Traductrice Interprète Assermentée à Rabat MAROC
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